• Le Courrier de l’Ouest, vendredi 26 janvier 2001.

    EXPOSITION


    L'art-récup, une mécanique bien huilée pour Thomas Richard



    Thomas Richard est un “ assembleur ”. Il sculpte l'espace en offrant une nouvelle vie à la ferraille jetée au rebut.


    L'histoire pourrait commencer par “Tout petit déjà...”. Mais, sans remonter si loin (l'homme a 33 ans), le Saumurois Thomas Richard ose faire partager au public sa passion pour la sculpture depuis 4 ou 5 ans. Dans sa ville natale, Il fut l'un des invités du Musée du moteur (1999 et 2000) avant de s'offrir les vitrines de Pôle Position en octobre et d'être actuellement l'un des artistes présents au 3e Festival de peinture (chapelle Saint-Jean et péristyle Molière). “Je ne sais pas véritablement quand j'ai commencé, dit-il. Tout petit je m'intéressais à la poterie et c'est d'abord la terre que j'ai transformée". Une rencontre décisive avec une femme qui l'a poussé continuer, et le voilà dans le grand bain, lui, le professeur de biologie qui troque par moment scalpel et éprouvettes pour le fer à souder. "Je vois des points communs entre les sciences et l'art. Le principal : le doute, et dans les deux disciplines je recherche la remise en cause, le questionnement. La question est plus importante que la réponse. Voilà pourquoi je ne donne pas de titre à mes travaux". Un titre, des mots... Le vocabulaire est trop réducteur aux yeux de l'artiste qui préfère que chaque spectateur de ses installations y trouve sa propre évocation.

    Ferraille détournée

    Qu'il s'agisse d'un cylindre de suspension de Citroën ou d'une dent de charrue agraire, d'un fer à béton ou d'un pignon d'embrayage, Thomas à l'œil et imagine de suite la place de l'élément rouillé dans l'assemblage qui verra naître sous ses doigts, un personnage imaginaire, sorte de Don-Quichotte saumurois, un frêle échassier ou une gabare futuriste.

    C'est un "art-récup" bien inspiré qu'il laisse contempler en chapelle Saint-Jean actuellement. Un rien provoc sa statue de la Liberté brandissant un pot d'échappement et bardée d'un masque à gaz, interpelle, choque, peut-être, et lance un cri à la surconsommation, à la surproduction : “Provocateur certainement, mais pas moralisateur”.

    Sculpteur scientifique

    Il y a cette bivalence entre Thomas le scientifique et Scorfa - son pseudo d'artiste - le manuel créateur, habité par le doute et l'envie d'échanger des impressions avec le public. “Rien n'est établi. En fait j'espère ne jamais aboutir. Aboutir c'est être vieux et je ne veux pas vieillir”. Jusqu'à dimanche, il est possible de découvrir cette jeunesse, celle d'un autodidacte qui s'est affranchi de l'académisme pour offrir, par cette sorte de Meccano, sa vision du monde nourrie d'une remise en question perpétuelle, comme une blessure qui ne guérit jamais.


    Bruno Jeoffroy, Le Courrier de l'Ouest, vendredi 26 janvier 2001.


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