• La Nouvelle République, Jeudi 25 janvier 2001, p.6.

    PORTRAIT


    Histoires de matières


    Si la gravure est à l'honneur du 3e Festival de peinture, les sculpteurs ont aussi leur place. Avec d'autres artistes, Thomas Richard, dit “Scorfa”, expose dans la chapelle Saint-Jean.


    Sous les voûtes de la magnifique Chapelle Saint-Jean, les sculptures de Thomas Richard contrastent avec la blancheur du tuffeau qui pare les lieux. Profils d'hommes, d'animaux ou représentations abstraites, ses sculptures sont faites d'objets de récupération, d'un métal sombre patiné par les ans.

    Petit déjà, ce jeune artiste saumurois était un "manipulateur d'objets”. Depuis plus de cinq ans, l'artiste touche-à-tout déambule dans les décharges publiques, ferrailleurs et autre poubelles de serruriers en quête de matière première pour réaliser ses sculptures. “Je récupère les pièces qui me parlent et j'assemble. Le plus souvent, c'est la matière qui me donne des idées et qui me conduit à un sujet. Mais parfois c'est l'inverse : je pars d'un croquis, et je cherche les matériaux nécessaires pour le mettre en œuvre.” Thomas Richard se laisse ainsi conter des histoires par les matériaux qu'il croise sur son chemin. Devant un morceau de roue de charrette, il se dit que “ça ferait un chouette pont" et y fait danser deux personnages. Tandis que des tubes creux l'amènent à revisiter la statue de la liberté. Une œuvre provocatrice : “Ce n'est pourtant pas vraiment mon truc, la provoc”, confie-t-il. Mais cette statue qui porte un masque à gaz, et dont le bras tendu n'est qu'un vulgaire pot d'échappement déchu, constitue bel et bien "une critique acerbe du modèle américain”.

    Dans la Chapelle Saint-Joseph qui accueille pour la première fois des œuvres d'artistes, les sculptures de Thomas Richard sont installées au niveau de l'autel. Un espace adapté pour exposer un personnage en croix, qui, comme les autres œuvres, n'a pas été baptisé. “Mes mots sont réducteurs par rapport à mon travail. C'est pourquoi je ne donne pas de titres à mes sculptures. Je veux laisser les gens libres d'interpréter ce qu'ils veulent. Je veux répondre à une attente que j'ai moi-même à l'égard de l'art : qu'il me fasse rêver.”

    S'il laisse donc les visiteurs conceptualiser son travail à leur gré, l'artiste saumurois entend bien se nourrir de ces "regards". Les expositions sont faites pour cela : "J'aime pouvoir connaître les avis de ceux qui découvrent mon travail. Je m'en nourris. Car on ne peut pas être artiste tout seul dans son coin. Ce serait trop facile.”

    Cela dit, l'homme n'est pas seulement sculpteur. Quand il ne laisse pas son imagination (et son poste de soudure) voguer au gré de ces histoires que lui racontent les matériaux, il enseigne la biologie. Une autre histoire de matières...


    C,JANIN. La Nouvelle République, Jeudi 25 janvier 2001, p.6.


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